Wednesday, January 29, 2020

Être un noob (Paul Graham)

Avant-propos: l'article suivant est un essai de Paul Graham que je me suis permis de traduire en français (n.b:  je n'ai pas été formé pour la traduction...  mais j'ai fait de mon mieux). Vous pourrez retrouver l'essai en version originale ici: http://paulgraham.com/noob.html

Quand j’étais jeune, je pensais que les personnes âgées avaient tout compris à la vie.  Maintenant que je suis vieux, je sais que ce n'est pas le cas.

Je me sens constamment comme un noob*. J’ai toujours l’impression de parler à une startup qui se consacre à un nouveau domaine dont je ne sais rien, ou de lire un livre à propos d’un sujet que je ne comprends pas assez bien, ou de visiter un nouveau pays où je ne sais pas comment les choses fonctionnent.

Ce n'est pas plaisant de se sentir comme un noob. Et le mot "noob" n'est certainement pas un compliment. Et pourtant, aujourd'hui, je me suis rendu compte de quelque chose d’encourageant sur le fait d'être un noob : plus on est un noob à une échelle locale, moins on est un noob à l'échelle globale.

Par exemple, si vous restez dans votre pays d'origine, vous vous sentirez moins noob que si vous déménagiez en Farawavie, où tout fonctionne différemment. Et pourtant, vous connaîtrez plus si vous déménagez. Le sentiment d'être un noob est donc inversement corrélé à l'ignorance réelle.

Mais si le sentiment d'être un noob est bon pour soi, comment ce fait-il que nous le détestons tous ? Quel intérêt évolutionniste expliquerait cette aversion ?

Je pense que la réponse est qu'il y a deux sources au sentiment d'être un noob : être stupide, et faire quelque chose de nouveau. Notre aversion envers la sensation d’être un noob est en fait notre cerveau qui nous dit “allez, allez, débrouille-toi”. Ce qui, pour la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, constituait un bon réflexe. La vie des chasseurs-cueilleurs était complexe, mais elle n’évoluait pas autant que la vie d’aujourd’hui. Ils n’ont pas eu à se soucier, du jour au lendemain, à comment réagir face à l'essor des cryptomonnaies.

Il était donc logique d’allouer les compétences aux problèmes existants plutôt qu’à la découverte de problèmes nouveaux. Il était logique pour l’homme de ne pas aimer le sentiment d’être un noob, tout comme, dans un monde où la nourriture se faisait rare, il était logique pour l’homme de ne pas aimer la sensation de faim.


Dans un monde où la suralimentation est aujourd’hui plus problématique que la sous-nutrition, notre aversion envers la sensation de faim relève de l’égarement. Et je pense que notre aversion envers le sentiment d’être un noob l’est tout autant.

Bien que cela soit déplaisant, et que des personnes se moqueront parfois de vous, plus vous vous sentirez comme un noob, mieux c’est.


Paul Graham — Janvier 2020.

* noob: terme péjoratif tiré de newbie, qui désigne le néophyte, le débutant.